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S'eduquer pour eduquer

S’EDUQUER POUR EDUQUER

Dans ces pages, dédiées à l'éducation, nous laissons la place à des exemples simples et concrets tirés des catéchèses de Mère Elvira adressées aux jeunes sur l'importance de l'éducation. Nous croyons que ces réflexions, développées suite à l'expérience vécue, peuvent nous aider à redonner de l’importance et de la valeur aux gestes simples mais fondamentaux de notre vie.

 « Ma mère rentrait à la maison épuisée après une dure journée de travail, mais
pendant qu’elle rangeait la maison, je l’entendais chanter ; ce chant nous donnait à nous, ses enfants, une profonde sécurité : notre maman était contente de la vie ! »

 Mère Elvira



Voir le sourire retrouvé sur les visages de nos bambins est le plus beau chant qui retentit dans notre cœur comme un cadeau chaque fois que nous leur chantons une douce chanson. Les enfants nous donnent beaucoup de joie le matin quand nous les réveillons en chantant : leurs yeux à peine ouverts nous regardent avec étonnement et émerveillement et ils nous sourient avec le visage illuminé qui nous demande de les aider à sortir du lit. Ici, dans la mission péruvienne de Villa el Salvador, nous réveillons nos enfants avec des chansons qui les aident à commencer la journée heureux et qui nous aident aussi à l’être en regardant leur sourire et leurs bras ouverts qui nous accueillent ! Le chant réchauffe leur cœur et les aide à retrouver l’harmonie après une nuit parfois difficile car quelques fois nous les entendons pleurer et crier à cause d’un souvenir triste qui hante leurs rêves. Parfois, dans le cœur des enfants, il y a un chant qui s’est interrompu et s’est brisé, suite à des expériences négatives de la vie : nous entendre chanter les aide à retrouver la paix perdue et à reprendre le doux fil de ce chant perdu.

Sœur Rosangela  



La musique et le chant ont toujours fait partie de ma vie. Mon papa connaissait par cœur tous les opéras et il les chantait, alors que ma maman, était une femme très sévère. Si elle était sérieuse, nous comprenions que ce n’était pas un « bon jour » et nous restions tous silencieux, mais si elle chantait c’était un jour de fête. Mais les souvenirs les plus beaux sont les chœurs à deux voix exécutés avec ma sœur en dialecte romagnol et ensuite les « berceuses » chantées à ma fille que je lui ai ensuite entendu chanter à son tour à ses enfants.
J’éprouvais beaucoup de gaieté et de bonheur lorsque, plus grande, Roberta essayait de m’apprendre une chanson en anglais que moi je ratais inévitablement. Même dans les moments les plus difficiles, j'ai toujours trouvé du réconfort dans le chant, comme si ma douleur s’allégeait, comme si en ces moments, je mettais « des ailes à la vie » et je sentais mon cœur blessé me faire moins mal.
Je me souviens avec nostalgie des moments où nous étions tous plus pauvres mais plus heureux. Partout on entendait chanter: les femmes aux lavoirs et les hommes à vélo, dans les champs ou sur les chantiers... nous nous aimions tous plus! J'ai expérimenté plusieurs fois dans la vie que le chant fait du bien et si tu es bien avec toi-même alors tu seras bien aussi avec les autres.

Maman Antonietta


Pour moi, le chant a été une porte pour traverser les moments difficiles et retrouver la paix. Ma mère remplissait la maison de ses chants: elle chantait le matin pour me réveiller pour l’école et en faisant le ménage. Lorsque j’avais cinq ans, mes parents se sont séparés mais elle n’a jamais arrêté de chanter: moi, je souffrais de la « cassure » de ma famille et elle, elle souffrait sûrement plus que moi, mais elle ne me l'a jamais montré. A cinq ans, j'ai commencé à bégayer tellement que je ne parvenais même plus à dire mon nom ; à l’école c’était humiliant et tout devenait difficile pour moi, que ce soit communiquer ou me faire des amis. Les examens à l’école étaient comme une montagne à escalader, plus je m'agitais plus je bégayais. Ma mère m'a alors transmis son secret pour retrouver la paix: chanter! Ainsi, nous apprenions les leçons en chantant: je m'amusais, j'apprenais et je chantais. Le chant était le seul moyen à travers lequel je pouvais faire sortir les mots sans peur ni souffrance. En Communauté, j'ai compris que Dieu est paix: merci Maman parce qu’avec le chant je retrouvais la paix de ce Dieu qu’aujourd'hui j'ai connu.

Roberta



 « Seule une espérance fiable peut être l'âme de l'éducation, comme de la vie toute entière. Aujourd'hui notre espérance est assiégée de toutes parts et nous risquons de redevenir nous aussi, comme les païens d'autrefois, des hommes "sans espérance et sans Dieu dans ce monde", comme l'écrivait l'apôtre Paul aux chrétiens d'Ephèse (Eph 2, 12).
 C'est ici précisément que naît la difficulté peut-être la plus profonde pour une véritable œuvre éducative: à la racine de la crise de l'éducation se trouve, en effet, une crise de confiance dans la vie. Je ne peux donc pas terminer cette lettre sans une chaleureuse invitation à placer en Dieu notre espérance. Lui seul est l'espérance qui résiste à toutes les déceptions; seul son amour ne peut être détruit par la mort; seules sa justice et sa miséricorde peuvent redresser les injustices et compenser les souffrances subies. L'espérance qui s'adresse à Dieu n'est jamais une espérance pour moi seul, elle est toujours aussi une espérance pour les autres: elle ne nous isole pas, mais nous rend solidaires dans le bien, nous stimule à nous éduquer réciproquement à la vérité et à l'amour ».

Pape Benoit XVI


 


Dans notre Communauté il y a beaucoup de chants joyeux que nous avons “exportés” dans nos missions tandis que beaucoup d’autres nous les avons appris aussi ici. Nous les jouons et les chantons aussi pendant les moments de prière : prier en dansant et en chantant rend notre vie plus vraie, plus vivante car tout notre corps participe à la louange vers Dieu. Les bras levés traduisent avec plus de force la joie du cœur, les mains qui bougent expriment la fête pour la vie retrouvée et donc nos enfants aussi en chantant, souriant et faisant des gestes, apprennent à donner vie à leurs mains, leurs pieds, à exprimer avec tout le corps ce qu'ils ressentent. Pour moi, ce fut un grand don de voir comme, ici au Pérou, les pauvres aiment danser, participer avec les mains et avec leur vie dans la prière : la vie, même dans la douleur, est toujours un hymne de louange à notre Dieu !

Barbara 


Je me souviens qu’il y a quelques années, de retour d’un après-midi passé chez des amis, un enfant accueilli dans notre mission était particulièrement agité. Il criait, donnait des coups de pieds, était tellement hors de lui qu’il m’a même craché dessus; d’abord je me suis fâchée, je ne savais pas comment faire pour le calmer.  J’essayais de le tenir par la main mais ce n’était pas facile. Je devais le forcer mais je ne voulais pas lui faire de mal alors, un peu en désespoir de cause et un peu parce que je me suis souvenue des paroles de mère Elvira, je me suis mise à chanter. Tandis qu’il continuait de crier, moi j’ai cessé de lui parler et en regardant devant moi en le tenant toujours par la main, j'ai continué à chanter. Une belle chanson sur Jésus: je ne me souviens plus laquelle mais c’était une mélodie douce. Au début, l’enfant ne s’en était même pas aperçu tellement il criait mais petit à petit comme par enchantement, il a commencé à se calmer, il a arrêté de pleurer et finalement il m’a embrassée étroitement et ne voulait plus me lâcher. Son petit cœur d’enfant blessé avait reçu une petite-grande guérison. Puissance de la musique, mais surtout puissance de Jésus qui là où Il passe, guérit, soigne et console.
Je me souviens aussi d'un autre moment où il y avait beaucoup de confusion dans la maison. Les enfants étaient agités, nous étions en train de préparer un pique-nique. Nous ne comprenions plus rien  dans ce vacarme de voix, de rires, de cris et de bruits insupportables. Ne sachant plus quoi faire, j’ai eu l’idée de prendre ma vieille flûte traversière dont je jouais quand j’étais petite et j’ai commencé à jouer quelques notes. Quelques secondes de musique ont suffi pour qu’autour de moi,  le silence règne. Tous les enfants, devenus muets, se sont tournés vers moi et attirés par la musique se sont assis à mes pieds, en silence, les yeux écarquillés d’étonnement. Ils me regardaient  enchantés par la musique céleste de la flûte traversière. Certains fermaient les yeux et se laissaient bercer par la mélodie alors que d’autres fredonnaient. Un moment de confusion et de "délire" s'était transformé  en un moment de communion et d’harmonie. Surtout un moment  de dispersion et de pagaille s’est transformé en un moment d'amitié et de douceur.

Paola


 D’une catéchèse de Mère Elvira

La vie il faut toujours la « chanter » ! A la maison nous étions sept frères et sœurs, une famille pauvre où on devait faire beaucoup de sacrifices et surtout ma mère qui devait s’occuper de ses enfants et soutenir un mari, notre père, qui était un homme fragile qui parfois tombait dans l’alcool ; cependant, je me souviens que ma mère chantait toujours pendant qu'elle cousait ou raccommodait la petite quantité de nos vêtements (qu’on s’échangeait selon l’âge) avec sa vieille machine à coudre "singer" à pédale. Elle rentrait à la maison épuisée après une dure journée de travail. A la maison il y avait beaucoup de problèmes  et elle portait beaucoup de poids, mais malgré tout pendant qu’elle rangeait la maison, je l’entendais chanter ; ce chant nous donnait à nous ses enfants une profonde sécurité : notre maman était contente de la vie ! Ce chant était pour nous les enfants un hymne à la vie : c’est comme si notre mère, avec ces notes sur ses lèvres, nous disait que la vie, même si elle est difficile, même avec des sacrifices, doit être accueillie et vécue comme un don, doit être "chantée" toujours de quelque façon.
Dans les moments les plus difficiles et les épreuves les plus douloureuses, sortait de ses lèvres cette invocation : « Sainte Croix de Dieu, ne nous abandonne pas ! ».  Je comprenais que dans cette Croix elle trouvait la force pour recommencer avec confiance. Elle n’avait même pas le temps d’aller souvent à l'église, ce n'était pas une « bigote » mais je saisissais en elle une foi concrète qui faisait confiance en Dieu en s’accrochant à la Croix : en unissant son moment de souffrance à la douleur du Christ, une espérance nouvelle naissait en elle et lui donnait la force de chanter même à l’heure de la douleur. Son chant était pour nous une musique douce, c’était comme respirer de la sérénité et de la confiance ; elle touchait et parlait à nos cœurs plus que mille mots.
Maintenant, quand je vais dans nos missions où nous accueillons beaucoup d’enfants et que je sens qu’il y a du chaos, que les enfants se disputent, qu’il y a un peu de tension et qu’ils pleurent, je dis à nos sœurs et à nos jeunes missionnaires de commencer à  chanter une chanson douce et comme ça tout se calme : les enfants sont fascinés et rassérénés par un adulte qui chante. Ils nous entendent chanter et ils pensent : « Ma mère, mon père, ma tante… est contente ! ».Comment pouvons-nous leur demander de ne pas pleurer quand nous pleurons continuellement sur nous-mêmes, dans notre tête, dans nos pensées, en nous lamentant, en « voyageant » dans notre passé de mort et en nous enfermant dans  un égoïsme qui nous fait vivre uniquement pour nous-mêmes? Au fond, nous aussi bien souvent nous pleurons mais personne ne nous entend parce que nous ne hurlons pas, mais les enfants le "sentent" avec leur sensibilité. Les enfants près de nous pleurent car ils nous voient tristes : qui sait combien de jugements intérieurs, de pensées négatives et de tensions de notre part, ils respirent à côté de nous.
Il faut avoir le courage de chanter, chanter, chanter, même si nous n’en avons pas envie et même s’il y a des problèmes : ce n’est pas juste de le faire payer aux enfants !  L’enfant doit grandir dans un climat de sérénité, de confiance dans le présent et dans l’avenir, il doit grandir avec la conviction que la vie est un grand don.
Grâce à l’expérience que je partage avec beaucoup de jeunes qui m'ont raconté leur histoire, je peux témoigner que leurs problèmes n’ont pas commencé avec l’utilisation des premières drogues pendant l’adolescence, mais toujours bien avant: ils ont vu et vécu une vie "intoxiquée" déjà dans l'ambiance familiale et sociale et en respirant cet air lourd, la vie elle-même est devenue un poids à refuser et non un don à accueillir avec joie.
 Efforçons-nous de faire respirer à l’enfant un air propre et frais: ainsi l’enfant grandit spontanément avec la conscience intérieure que la vie est don, étonnement, chanson et quand il sera un adulte, il se découvrira plus mature, plus libre et responsable, plus stable.
Lui aussi en grandissant rencontrera les problèmes et les contradictions de la vie mais malgré toutes les difficultés qu’il pourra vivre, cette confiance et cette beauté de la vie qu’il aura apprises en observant le visage serein de maman et papa, seront sa force pour toujours.

 

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